
Texte de Bertrand Kern, maire (PS) de Pantin
Depuis cinq mois, un conflit social très dur oppose la direction de Téléperformance, numéro 1 mondial des centres d'appel, à ses salariés d'Ile-de-France, confrontés à la décision brutale de l'entreprise de fermer trois de ces quatre sites dans la région.
Parce que l'un des sites concernés est implanté à Pantin, je suis ce dossier de très près, depuis l'annonce du plan social en juin dernier. Or je n'ai pu que constater l'attitude déplorable de la Direction de Téléperformance, qui se montre réfractaire à tout dialogue social avec ses salariés et s'avère sourde face à la mobilisation et aux sollicitations des élus locaux.
En septembre dernier, une décision de justice a légitimement suspendu le plan social mais la situation interne à l'entreprise, loin de s'améliorer, est allée de mal en pis. Pour les pousser à démissionner, Téléperformance exerce désormais des pressions scandaleuses sur ses employés. Je fais ici référence à des méthodes d'intimidation choquantes et que l'on espérerait d'un autre âge : fouilles corporelles, omniprésence de vigiles, emboîtage des téléphones pour rendre impossible tout appel personnel, remise en question des mi-temps thérapeutiques et j'en passe.
Face à la mobilisation des élus locaux, qui condamnent ces atteintes au code du travail et refusent des fermetures de site injustifiées, Téléperfomance fait la sourde oreille, n'apportant aucune réponse à nos courriers, ne rendant possible aucun rendez-vous, aucune médiation.
Un tel comportement n'est pas acceptable, aujourd'hui, en France. C'est pourquoi je me suis rendu la semaine dernière au Ministère du Travail, en compagnie de Claude Bartolone, président du Conseil Général et des autres élus locaux concernés pour accompagner et soutenir une délégation de salariés de Téléperformance.
Nous avons à cette occasion appelé le Ministère du Travail à intervenir dans ce conflit.
L'Etat n'est pas ici seulement le garant du dialogue social, appelé à intervenir lorsque celui-ci s'avère absolument impossible. Il est aussi, en l'occurence, un client de l'entreprise, à laquelle il sous-traite certaines missions. Les Ministères du Travail et des Finances ont ainsi confié à Téléperformance des missions d'information sur le dispositif des auto-entrepreneurs, sur le code du travail et sur la télé-déclaration fiscale. Je n'imagine pas que l'Etat en vienne à se désintéresser des conditions dans lesquelles travaillent les employés de ses entreprises sous-traitantes !
Il est aujourd'hui urgent de mettre fin à des méthodes de gestion des Ressources Humaines indignes d'une grande entreprise française, bénéficiaire et en pleine expansion. En tant que donneur d'ordre, l'Etat doit imposer une charte de bonne conduite à ses prestataires mais aussi la reprise d'un véritable dialogue social au sein de l'entreprise.
Cette réunion doit absolument avoir des suites concrètes, au delà d'un rendez-vous analogue au Ministère des Finances. C'est pourquoi, nous ne relâcherons pas notre vigilance dans les prochaines semaines, au coté des salariés de Téléperformance, pour obtenir un retour à des conditions de travail décentes, le maintien des sites franciliens et la sauvegarde des emplois concernés.
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