950 euros. Pour Marielle, c’est l’équivalent d’un mois de salaire. C’est aussi ce qu’elle a dû payer pour s’acquitter de ses impôts locaux. Ce qui lui reste à la fin du mois? « Un
découvert », lâche Marielle, 29 ans, salariée bientôt licenciée du centre d’appel Téléperformance de Rennes. L’entreprise a décidé de se restructurer. Résultat : plus
de 800 emplois supprimés en France, dont 163 à Rennes où le site va tout bonnement fermer. « Ça fait 10 ans que je bosse, 10 ans que je cotise. Qu’est-ce que j’aurai comme retraite?
Est-ce que j’en aurai une d’ailleurs? », s'emporte-t-elle. Ce n’est pourtant pas faute de travailler plus. Depuis quatre ans àTéléperformance, elle s’applique à atteindre son
quota de 5 appels par heure, cinq jours par semaine, parfois le samedi jusqu'à 20h. « On nous presse comme des citrons, on installe une pression continue et insidieuse, on organise
la concurrence en affichant des tableaux avec nos statistiques personnelles », note son collègue, Romain, 21 ans, qui comprend bien le « travailler plus » mais cherche
encore le « gagner plus ». Marielle, elle, pratique le « dépenser moins ». Elle prend le bus : « c’est moins cher ». Son loyer, elle le partage
avec son ami. Toute seule, elle le sait, elle n’aurait pu s’offrir qu’une piaule de 12 m². Fonder une famille? « Ce n’est pas possible. Je n’ai pas les moyens… Et puis qu’est-ce que
je vais laisser à mes enfants? ». Les injustices, « les riches qui prennent l’argent et les pauvres qui bouffent des nouilles », Marielle ne les supporte plus. Elle
n’attend plus qu’une chose : partir. Loin de cette société où les fossés se creusent. Allocations, aides financières… « On nous enlève tout », s’agace la jeune femme, révoltée
de voir que pendant qu’elle se démène pour joindre les deux bouts tout en remboursant chaque mois son prêt étudiant - un tiers de son salaire -, d’autres s’enrichissent. Le bouclier fiscal,
les scandales Woerth-Bettencourt, les ministres qui cumulent salaire et retraite… « Ça ne nous aide pas à avoir une vie meilleure ». Autant de ressentiments contre lesquels
Marielle et les autres Téléperformance se battent. « Une banderole ne suffit pas pour toutes nos revendications. Ce qu’il nous faudrait, c’est au moins une
encyclopédie! ».
Source : Marianne.
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