Personne au bout du fil, tout le monde au bout du rouleau. Telle est l’atmosphère qui règne sur la plateforme corrézienne de Transcom. Ils étaient 120, hier après-midi, à dresser spontanément le piquet de grève.
Pour faire face à la passe difficile que traverse l’entreprise, la direction nationale a annoncé sa volonté de réduire et d’annualiser le temps de travail de ses employés. Ceux-ci enregistreraient une baisse de leur salaire basé désormais sur 30 heures hebdomadaires et non 35. Ces 30 heures ne seraient pas fixes mais les employés travailleraient entre 20 et 46 heures par semaine, et pourraient être contraints à des pauses-déjeuner de trois heures. Aussi ont-ils décidé de faire grève, de même que sur les cinq autres plateformes de l’entreprise en France, pour manifester leur désaccord.
« Il n’y a pas d’issue. Il n’y a pas eu de négociations et il n’y a pas d’autre solution. Le plan social déguisé semble inévitable », déplore Sonia Aurignac (CGT), employée de l’entreprise.
Hier, les cadres de la plateforme de Favars demandaient la reprise du travail, une demande d’autant plus pressante que le principal client de Transcom, l’opérateur téléphonique SFR, était dans les locaux corréziens.
« Ils pensaient qu’on n’oserait pas. Mais même si SFR est là, même si les salariés sont moralement déphasés, on fait grève », insiste Sonia Aurignac.
Mère de deux grands enfants dont elle paie encore le loyer, Marie, en CDI dans l’entreprise, habite à 30 km de son lieu de travail. « Je ne peux pas faire des allers-retours entre ici et Saint-Augustin, l’essence coûte trop cher. Comment faire si l’on nous impose des pauses
de trois heures ? Après six ans ici, je gagne 1.000 euros par mois. Si l'on travaille 30 heures, je gagnerai 850 euros. Economiquement, ce n'est pas viable ».
C'est l'intersyndicale CGT, FO, CFTC et CFDT qui avait appelé à la mobilisation au lendemain de la réunion du comité central d'entreprise et tandis que s'ouvraient, ce mercredi à Vélizy, les
négociations entre la direction du groupe et les représentants du personnel.
850 euros par mois
« Cette réduction du temps de travail ramènerait le salaire à 850 euros nets par mois », indique Celia Boudjemaa (CGT), tandis que son collègue David Viltart (CFDT) note que, depuis
l'ouverture du centre d'appel de Soissons, en 2006, les salariés ont enregistré « une baisse de 8 % » de leurs revenus, avec la suppression de certaines primes (comme la prime de production)
et la réduction du volume d'activité de l'ordre de 40 % au niveau national. « Nous ne travaillons plus le dimanche, ni les jours fériés » indique, pour sa part, Isabelle Lefèvre
(CFTC).
Activité délocalisée en Tunisie
Chez les salariés, à 80 % des femmes et avec une moyenne d'âges de 26 ans, ce projet passe évidemment très mal. « Avec 850 euros par mois, qu'est-ce qu'on peut faire quand on a payé le loyer
? », s'interrogeaient hier nombre d'entre eux. « Si on refuse, ça sera la porte ! » s'inquiétaient-ils surtout. « C'est pas la bourse qui va décider pour nous ! », s'indignaient encore
certains.
Les représentants syndicaux rappellent évidemment que « la société Transcom annonçait la création de 300 emplois quand elle s'est installée à Soissons, avec des aides publiques. Aujourd'hui,
nous ne sommes que 165 personnes ». Au plan national, précise David Viltart, « il y a eu une réduction de 25 % de la masse salariale ». Parallèlement, s'insurgent les syndicats, « une partie
importante de l'activité de Transcom France est transférée en Tunisie, où les effectifs devraient passer de 800 à 1 600 salariés ».
Selon les représentants du personnel, « la mauvaise anticipation de l'entreprise face au marché actuel, le man- que d'investissement dans la recherche de nouveaux clients et de nouveaux
contrats, font une fois encore porter la responsabilité sur le dos des salariés. La crise que nous présente la direction de Transcom n'est qu'un leurre. Nous refusons d'être mangés à la sauce
capitaliste.
(Source L'UNION)
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